Métrage.
Six heures séparent ma personne des plus beaux mollets existant dans ce bas monde. (Je me permets d'élargir succinctement l'affirmation: la propriétaire - car pour le plus grand plaisir de la gente masculine c'est d'une femme dont il s'agit- des mollets dont il est question ici peut se vanter de son attelage: ses jambes mesurent chacune un mètre vingt-cinq de long et les mollets qui les soutiennent dessinent un galbe parfait que vient souligner un tibia incroyablement fin et plein du charme de sa jeunesse.)
Une demie pendule en heures (et accessoirement un grand océan), donc, m'empêchent de venir contempler cet admirable "trésor de la nature." Bonté divine, c'est en conséquence un gras, un mou déplaisir qui me ronge, me mine l'âme quand surgit en moi la vision de cette fatale réalité: les mollets de mon amie sont loin de moi et je suis toute seule face à un écran vide. Cependant ! le pessimisme n'étant pas affaire de forts, nous sommes convenues d'un arrangement permettant à nos chers dialogues de prendre leur foulée dès que l'occasion nous en est présentée. Ce qui fut, pour mon plus grand contentement, ce soir rendu possible. Alors pleine d'un enthousiasme juvénile, je me suis sentie l'envie de retranscrire ici une partie de notre échange.
"- Plof.
- Voilà une parfaite description de mon actuel quotidien, et de l'état d'âme qui va avec. Ca va ?
- Je mange des bonbons, j'ai le ventre rond. Et je suis amoureuse.
- La belle affaire ! Et tu l'aimes, aussi, l'objet de ton amoureuserie ?
- Je ne sais pas qu'est-ce-qui est en dessous, qu'est-ce-qui est au-dessus ? Aimer, ou être amoureuse ?
[...]
- En vérité, tu as pour le Monsieur une amitié pleine de cette estime affective sans limites qui nous rend certains êtres chers et qui nous fait dire que nous les aimons. Nous les aimons pleinement, de façon atemporelle. En plus d'être pleinement touchée par lui, de l'avoir reconnu, tu as quand tu le vois des picotements dans la gorge - ceux de l'amour léger, l'amourette qui se profile. Tu ne l'aimes pas d'amour, tu l'aimes d'amitié entière, pleine, avec des picotements en plus. Je le pense, c'est une jolie histoire qui se dessine... [...] Quant à moi, je me signe tous les soirs allongée sur mon petit matelas mou et je regarde passer les nuits sans étoiles, les nuits sans chaleur ni fraîcheur. L'insipidité de l'enveloppe nocturne crispe doucement mon corps et il ne me reste que ma tête pour penser à mon cou qui craint de se tasser dans le reste de ma colonne vertébrale.
- Tu ne vas pas marcher dans l'ombre de quelqu'un je ne le crois pas. Mais cesse de contempler, broie l'action dans tes doigts. Ils sont fins et puissants, tes doigts.
- ... Je me tords le cou à regarder trop haut, trop loin. L'inaccessible désir, les horizons intouchables au présent ralentissent un sain accroissement de mon centimétrage, tu vois. Mais si mes doigts parviennent à frôler l'horizon je me sens pleine d'une volonté sans bornes, je veux me battre, allonger les pieds pour regarder bien en face et parler distinctement. Pas d'en bas, non. Ce que je désire, c'est un réel échange. Ainsi je vois l'amour. Pour ce soir, parce-qu'il est tard et que j'ai les pieds froids."
Publié par Mrs Green à 00:15:00 dans Etude des rapports entre anatomies conscientes | Commentaires (0) | Permaliens
Torpeur, subst. fém. [A propos d'un être humain, d'un être vivant.]
A. Engourdissement général, physique et psychique, qui tient en état de demi-conscience, de somnolence, et prédispose à l'assoupissement.
B. Ralentissement général des manifestations de la vie.
Contre un état déplorable, issu de la démolition latente des connections inter-synaptiques - qui elle-même résulte d'un ennui croissant - une solution: se plaindre. "N'attendez plus ! Envoyez vos courriers à oomparadar@hotmail.fr . Réponse assurée !"
Au nombre réduit de nos attendrissants lecteurs, comptons celui de cette pauvre créature connue de moi et dont je délivre ici le message afin que nous priions tous en choeur pour un prompt rétablissement.
Madame l' Avoué,
Je suis je dois le dire exaspérée par cet amas pourrissant de touristes invasifs qui, en plus de piétiner de façon disgracieuse les mètres carrés de bitume sur lesquels j'évolue quotidiennement, vient s'établir jusque sur mes pieds au grand désarroi de mes orteils. Je hais la capitale en cette heure estivale et, future bonne femme que je me refuse à devenir, je viens me plaindre de ce chaos débile qui fait mon malheur.
Je ne peux même plus siroter mon café en lisant: hier encore un bambin de cinq ans, tout excité par l'acquisition qu'il venait de faire d'un chapeau-parapluie-aux-couleurs-de-l'arc-en-ciel s'est vu renverser, dans un mouvement idiot de gaîté, ma boisson sur ma jupe. Stupide animal ! Le vide de mon porte-monnaie ne me permet pas de m'offrir cet énergique détachant dont parle toute la communauté féminine, et je sens poindre vers moi un ciel orageux de déboires, du même type que cette - ô combien sinistre! - anecdote.
Je suis à bout !
C'est pourquoi Madame l' Avoué, je vous envoie en pièce jointe l'exutoire de mes malheurs: une liste qui dresse par ordre alphabétique toutes les horreurs dont je suis la triste victime. Il aura fallu qu'un ami décommande nos projets de vacances et me voilà prostrée dans la capitale pendant encore dix jours, dévorante de venin contre un mois d'août invivable. S'il vous plaît lisez-la attentivement et faite-moi savoir quand vous pourrez agir en vue de plaider ma cause: je suis une pauvre fille qui s'ennuie à mourir dans une jungle urbaine détestable d'individus primaires.
Avec toute ma sincère gratitude...
M.
Publié par Mrs Green à 19:52:39 dans Etude des rapports entre anatomies conscientes | Commentaires (0) | Permaliens
Vacances.
- " On est quel jour ?
- Mardi.
- Ah.
- ...
- Tu veux un chocolat ? Une glace ?
- Non.
- Moi non plus.
- Il est quelle heure ?
- Je sais pas. J'ai fait un cauchemar cette nuit: une invasion de mites partout dans Paris - jusque dans mon lit, truc horrible.
- Ah oui ?
- Oui.
- On fait un thé ?
- Oui.
- C'est moche, une mite.
- Tu as sommeil ?
- Oui.
- On dort ?
- Oui."
Publié par Mrs Green à 22:09:54 dans Etude des rapports entre anatomies conscientes | Commentaires (3) | Permaliens
Nettoyage.
Le magasin est étroit. Les vêtements, poussiéreux d'une présence qui se déploie sur une quinzaine d'années, s'entassent en créant des montagnes informes. Le gérant, chétif et d'aspect négligé, nous regarde timidement avant de lancer, non sans quelque éclat de joie:
- " Beau travail ! C'est nettement mieux maintenant ! Je vous offre deux tee-shirt chacune !" - ( Dans notre grande mansuétude, tâchons d'informer l'improbable lecteur que nous travaillons sous gage de solidarité. Une envie, un besoin bénins d'aider le drôle énergumène en charge du dépôt-vente.)
A dire vrai, les vêtements n'ont guère changé d'état. Bien qu' "ordonnés", "triés" , les piles grandissantes s'échouent largement sur le sol que constituent d'épais tas de poussière et d'objets aussi informes que sales, gras et parfois coupants. Le gérant, au milieu de son foutoir à chiffons pluri-gammes, boit un café et répond, par des bruits gutturaux, à ses clientes hautement toilettées qui s'affairent à d'incessants monologues dont la vacuité fait parfois trembler nos lèvres. Les conjectures insipides de nos dames se géométrisent à l'instar des vêtements et leurs échos viennent s'échouer dans la tasse de notre employeur.
L'une d'elle, dont la luxueuse notoriété s'épanche jusque sur les étiquettes de ses semelles, appuie le compliment du patron:
- " Quel courage, tout ce travail ! Mais... il est nécessaire de trouver comment séparer les "tas" afin que les clients ne détruisent pas tous vos efforts..."
Après que ma réponse à la question de mon amie "tu as apporté la bétonnière ?" se soit faite par la négative, je réponds à mon interlocutrice à l'aide d'outils dont ce genre d'être raffole: gémissements, plaintes qui s'étirent dans des commentaires affligés sur le genre humain en général "incapable de respecter la propriété de l'autre, méprisant dans son désintérêt pour tout ce qui l'entoure... rien à faire, rien à faire: nous les subissons, ces parvenus!". Elle m'adore, me brosse la peau avec d'éminents sourires et renchérit en usant d'anecdotes tirées directement de son expérience personnelle et auxquelles je compatis avec ma bouche qui se tord, fermée, de bas en haut et de droite à gauche. Ma tête fait écho à ses mouvements.
...
Il est midi, il fait chaud et la petite devanture au 53 de la rue Monge absorbe énergiquement l'augmentation des degrés celsius. 37, 38, 38.5 ...
Publié par Mrs Green à 12:05:27 dans Etude des rapports entre anatomies conscientes | Commentaires (0) | Permaliens
Cher Journal.
Les expressions rémanentes de l'imbécilité me dérangent encore. (Pour ne pas dire, dans un déranger au simple futur: éternellement.)
Corps gras et stoïque, habité par deux orbites vides qui se meuvent débilement de droite et de gauche. Ce regard que nous avons généralement tendance à assigner au genre humain semble ici s'être dévoyé sur une matière dans lequel un esprit bestial et inconséquent évolue - à notre immense regret - quotidiennement.
... Ce que c'est qu'avoir à se coller - littéralement, cela s'appelle la proximité à laquelle engagent les transports en commun à l'heure de pointe - se lier intégralement à un être qui semble dépourvu de raison morale, de capacités de communication entraînant à la civilité générale.
----- : Quelle lourdeur, quel blâme !
Le corps détesté, haï ! ne bouge pas, les yeux fixent le vide, la main est tout à coup leste et agressive. Le gras des doigts, alors que j'ai pu esquiver la main, effleure ma joue. Le rustre.
Les couloirs de métro. Ligne 4 perturbée, la gente est grosse dans sa sueur. La plupart des personnes qui la composent avalent des glaces qui dégoulinent nonchalamment. Personne ne bronche, tout est langueur, mollesse. Je nourris une haine sans fin contre mon agresseur inconséquent, et me retiens de ne pas l'étendre à l'humanité tout entière.
Racontars d'une mouflette. Journal de bord qui n'a rien à dire qu'à ne parler de soi. Auto-détestation qui remplit son rôle: rendre les comptes rendus plus adolescents et maladifs encore. Au moins je rigole, et je suis de nature à pouvoir jouir. Le reste n'en déplaise, je fais comme tout le monde : je m'en cogne.
Ou presque. J'aime la poésie, les belles images.
J'en reviens.
Oh !
Les couloirs de métro.
Marcher.
Chercher. la. demie. mesure.
Le détachement inhérent aux grandes intelligences. Degré environnant peut devenir trop froid.
L'idiotie qui s'ignore. (Elle est parfaite, dans son existence. Voilà un fait splendide d'uniformité et de cohérence.) - Prière de fuir l'espèce vile et basse. Ne pas s'y frotter si l'on ne veut que par soi-même être martyrisé. Pas besoin des autres, au revoir (adieu si je le peux) et non merci.
Je.
Ne dis rien, je me tiens à carreau, je finis de boire ma bouteille d'eau, je parfais mon existence insipide.
Vivement demain !
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Publié par Mrs Green à 18:53:26 dans Etude des rapports entre anatomies conscientes | Commentaires (1) | Permaliens
[Docteur en rouages illogiques et inexistants,
Spécialiste en inutilités diverses et variées]
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Spécialisée dans la résolution de non-problèmes de type:
Incohérences cérébrales et stomacales,
Crises aracno-dépresso-haribo phobiques,
Imaginaire systémique à tendances dissymétriques,
Blablabla et gnia gnia gnia.
- Consultations sur rendez-vous -
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